College Druidique des Gaules

College Druidique des Gaules

De l'autre côté du pont

L'enfant s'arrêta un instant au bord de la rivière, le cœur battant. Une sourde angoisse commençait à lui étreindre le cœur. L'eau lui semblait noire et glauque, il jeta un coup d'œil méfiant sur le petit pont de bois vermoulu qui reliait les 2 rives. De l'autre coté s'étalait une immense forêt touffue qui paraissait impénétrable. Soudain il eut peur, une peur indicible qui lui paralysait les jambes, lui broyait l'estomac, lui rendait la respiration difficile. Avec la fin de la journée, une brume commençait à s'élever de l'eau et peu à peu gagnait la terre alentour. La main de l'homme s'abattit sur l'épaule de l'enfant, "en avant petit" gronda une voix peu amène, "ton chemin commence ici". L'homme était imposant et le ton de sa voix ne laissait présager la moindre indulgence. L'enfant risqua vers lui un regard éploré, : "maître", bredouilla-t-il, "je n'ose...". D'un geste sec l'homme lui coupa la parole, il leva un doigt impératif vers l'autre rive et gronda : "va!". Le cœur battant à se rompre, l'enfant s'engagea sur le pont, tous les sens aux aguets, redoutant le moindre accident.

 

Lorsqu'il atteint l'autre coté de la rivière, la brume s'était encore épaissie, les grands arbres aperçus peu avant devenaient maintenant des silhouettes difformes, dont les branches constituaient autant de bras griffus et menaçants. L'enfant marqua un nouvel arrêt mais la main de l'homme se posa à nouveau sur son épaule et le poussa en avant. La peur de tout à l'heure devenait maintenant panique, des bruits bizarres s'élevaient ça et là, des ombres furtives apparaissaient brusquement puis se diluaient aussi soudainement, des craquements sourds faisaient écho à ses pas, sa propre respiration saccadée lui paraissait insupportable. Il se retourna et chercha la présence imposante mais quand même rassurante de son compagnon, et là, il crut défaillir, l'homme n'était plus derrière lui. Il hurla, mais n'entendit en réponse que le seul écho de sa détresse. Un immense découragement s'empara de lui, il se dit que sa jeune vie finirait en ce lieu maudit qui ressemblait tellement à ce royaume des sorcières et des dragons des contes de son enfance. Pourquoi l'homme l'avait-il conduit ici? Pourquoi l'avait-il abandonné? Pourtant il avait confiance en l'homme, il était parait-il de grand savoir et était fort respecté. dans sa tête tous les scénari possibles défilaient et tous s'achevaient de la même façon, sa fin prochaine; découpé par les branches saillantes, dévoré par quelque fauve, avalé par la brume, pire encore peut-être, mais pour lui une mort inexorable. C'est un cauchemar , je vais me réveiller et tout redeviendra normal. A plusieurs reprises, il ferma et ouvrit les yeux, mais à chaque fois il retrouvait devant lui le même décor sinistre, alors il sombra dans un profond désespoir.

 

Cependant sa juvénile énergie finit par le sortir de sa torpeur, non cela ne pouvait être ainsi, il devait se battre tels les chevaliers de contes de fées, il devait se remettre en route coûte que coûte, rester là c'était la mort assurée. Son cœur se calma un peu et il reprit sa marche hésitante, la main devant le visage pour éviter les gifles des basses branches, levant très haut les pieds pour ne pas les accrocher dans les souches des racines qui formaient autant de pièges redoutables sur le sol. A un moment, il sentit une résistance sous son pied, il se baissa, tata le terrain, et se releva serrant dans sa main une branche, peu épaisse mais bien solide qui lui ferait une bonne arme, et surtout une présence rassurante. Il reprit sa marche, redoublant de prudence.

 

En plus dans la brume, maintenant le soir tombait, les silhouettes grisâtres devenaient de plus en plus obscures, la terreur qui l'avait quitté quelques temps, revenait au galop, son cœur battait à nouveau à grands coups dans sa poitrine, il pensait même qu'il finirait par sauter hors de son corps, mais il ne pouvait s'arrêter et tremblant à la fois de faim, de peur et de froid, il s'enfonça plus en avant dans la forêt. Soudain, il crut apercevoir une brève lueur, comme un clin d'œil de lumières dans les ténèbres. Rêvait-il? Le phénomène se reproduisit encore une fois, puis encore. Il comprit que ce qu'il distinguait, c'était bien une lumière au loin, mais dont la vision était entrecoupée par les innombrables branches et broussailles qui l'entouraient. Il essaya de bien repérer la source de la lumière, la localisa et se dirigea vers elle.

 

Après quelques minutes de marche, il la distingua très clairement. En fait, il se trouvait en bordure d'une clairière, et au milieu de celle-ci s'élevait une petite maison, plutôt une cabane, dont la fenêtre illuminée l'avait attiré. Il se rapprocha prudemment et risqua un regard la fenêtre. Ce qu'il vit le sidéra. Un bon feu pétillant brûlait dans l'âtre, une table était dressée au milieu de la pièce, croulant sous le poids des victuailles, une grosse miche de pain dorée, du fromage, des pâtés variés, des fruits succulents, des pâtisseries, un vrai festin de roi.

Au milieu de la table, trônait une magnifique carafe de cristal finement ciselée, sur laquelle les lueurs de l'âtre jetaient des reflets de rubis. Elle paraissait remplie à ras bord d'une eau merveilleusement pure. Assis sur un banc devant la cheminée, se trouvait un personnage qu'il distinguait mal, car il se trouvait de dos par rapport à lui. Il resta quelques instants dans l'expectative devant ce spectacle, il ne savait que faire. A nouveau le froid lui mordit cruellement la chair, et la faim lui tordit les entrailles. Il semble faire si chaud dans cette cabane, et les mets offerts sur la table étaient tellement alléchants, de plus, il se sentait incapable de marcher d'avantage. Son besoin de repos et de nourriture décida, il se risqua et toqua à la porte, un petit coup faible d'abord, comme pour ne point déranger la sérénité des lieux, puis aucune réponse ne venant, il frappa plus fort, tellement fort que la porte s'ouvrit sous le coup. Il resta dans l'encadrement, hésitant, surpris de sa propre témérité, serrant très fort son gourdin dans la main, mais la douce chaleur du foyer vint à sa rencontre et lui caressa tendrement le visage mouillé de brume, c'était trop, il rentra et referma la porte derrière lui.

 

"Oh!. Oh!" murmura-t-il à l'adresse de la forme assise près de l'âtre et qu'il ne distinguait toujours pas clairement. "Oh!. Oh!, s'il vous plait" répéta-t-il en s'approchant un peu et en élevant la voix. Cette fois il fut entendu, la forme se retourna, se leva et vint vers lui. L'enfant eut bien du mal à étouffer un cri de surprise. Devant lui, se trouvait un jeune homme habillé d'une saie d'un blanc immaculé, entouré d'une sorte de halot de lumière qui le rendait resplendissant , mais surtout, son visage était trait pour trait identique au sien. L'enfant était persuadé qu'il était devant un ange, seul un ange pouvait dégager une telle lumière, un tel amour dans le regard, une telle bonté dans le sourire; l'enfant déglutit difficilement, mais il osa un timide "qui êtes-vous Monsieur?" La réponse le stupéfia encore d'avantage, ce qu'il croyait être un envoyé du ciel parlait avec sa propre voix, "Approche", dit l'être, "n'aie point de frayeur, je t'attendais, ne t'étonne pas du son de ma voix ni de l'aspect de mon visage, car, vois-tu, JE SUIS toi, JE SUIS ton propre esprit, la partie divine de DIEU qui vit en toi, JE SUIS le but de ta marche initiatique dans les profondeurs de tes propres obstacles, tu as connu la peur, le découragement, la lassitude, le désespoir, mais tu as su continuer et, vois-tu tu m'as trouvé. Désormais plus rien ne te manquera, tu n'auras qu'à demander, vois, déjà ici tu trouves la chaleur, la nourriture, le repos, et surtout, tu as trouvé ta vérité, ton vrai toi. Maintenant, réchauffe-toi à ce bon feu qui, depuis ton entrée, crépite tout ce qu'il peut pour attirer ton attention, bois l'eau claire de cette carafe de cristal, mange tout ton saoûl et ensuite surtout goûte un sommeil réparateur et demain sera un jour nouveau pour toi" "Mais" se hasarda l'enfant "Comment ferai-je pour vous appeler, quel est votre nom?" "Mon nom est le tien" dit l'être de lumière "N'oublie pas, JE SUIS TOI, JE SUIS TON ESPRIT IMMORTEL, je vis en toi"; en pensant à mes paroles, tu m'auras toujours avec toi". L'enfant se sentit rassuré et se hâta de mettre à exécution les conseils de l'ange. Rassasié, réchauffé, il s'allongea sur le banc près de l'âtre et le sommeil l'envahit aussitôt.

 

il ne sut combien de temps il avait dormi, cela lui semblait des jours et des jours. Quand il ouvrit les yeux, le soleil emplissait la pièce. Il jeta un regard furtif autour de lui. L'âtre était toujours là, mais vide de flambée, la table aussi était vide, et de l'occupant de la cabane, plus aucune trace. L'enfant se raidit, se releva, marcha vers la porte et l'ouvrit. Il se souvint des circonstances de sa présence en ces lieux, mais ne retrouvait plus les images terrifiantes qu'il avait vues. Au delà de la clairière, la forêt était toujours là, mais maintenant accueillante, joyeuse, ruisselante de vie; plus aucun rapport avec cette espèce de monstre griffu de la veille, un franc et chaud soleil déversait une pluie de rayons d'or sur la cime des arbres, une brise coquine soulevait d'un souffle tendre les feuilles et les fleurs qui exhalaient leurs suaves parfums; et des centaines d'oiseaux mêlant leurs trilles joyeuses, donnaient sous la frondaison, un fabuleux concert. Instinctivement il chercha autour de lui la présence de son hôte lumineux, mais il se rappela les paroles: "JE SUIS en toi", et aussitôt et il sentit la présence, il se sentit bien. Il se remit en marche vers la forêt, mais cette fois, le cœur et le pas légers. Tout autour de lui, respirait le bien être, la douceur de vivre, de facétieux petits lapins lui passaient gaillardement entre les jambes, des jeunes faons gambadaient autour de lui, les oiseaux voltigeaient de branches en branches. Au détour d'un fourré, une biche déboucha, suivie de son petit; elle n'eut nullement l'air effrayé par la présence de l'humain, au contraire, elle vint vers lui, le museau tendu, comme pour quémander une caresse. Amusé et ému, l'enfant lui passa la main le long de son doux pelage, "c'est merveilleux" pensa-t-il. Puis l'animal satisfait, reprit sa route à travers les sous-bois. L'ambiance de paix et de sérénité le gagna et il se surprit à siffloter.

 

Son attention fut attirée par une présence ailée qui voltigeait à ses côtés, il regarda mieux et vit un magnifique papillon multicolore qui décrivait de gracieuses arabesques autour de lui, ne semblant nullement s'inquiéter de sa présence et même, par moment, venait caresser sa joue d'un petit coup d'aile rapide et coquin. "Quel prodige" pensa-t-il. Puis il réalisa que depuis sa rencontre avec l'être de lumière, quelque chose avait changé en lui, il n'était plus étranger dans cette forêt magique, il était maintenant chez lui, il faisait partie de ce monde et tous le reconnaissaient comme l'un des leurs.

 

Il se demandait encore quelle nouvelle surprise l'attendait, quand soudain il entendit un craquement derrière lui, il se retourna brusquement et se retrouva devant l'homme qui l'avait conduit en ces lieux. "Maitre" dit-il, "vous êtes venu me rechercher?", "rechercher" dit l'homme qui avait retrouvé sa voix douce d'avant "mais je ne t'ai jamais quitté, j'étais toujours derrière toi pour te soutenir, mais ta peur était telle, qu'elle te rendait aveugle, et que tu n'étais plus en mesure de te rendre compte que j'étais toujours là". Maintenant, depuis ton passage dans la cabane, où, je te le signale, tu es resté 3 jours et 3 nuits, tu t'es retrouvé, et tu t'es découvert toi-même, te voila devenu LIBRE, un être entier en CORPS, AME et ESPRIT, un être "ACCOMPLI".

 

Le maitre et l'enfant continuèrent leur marche de concert en devisant gaiement et bientôt arrivèrent en vue du petit pont de bois. "Nous voici revenus au point de départ" dit le maitre, "Es-tu heureux de le retrouver, toi qui redoutais tant de le quitter, il y a quelques jours?" L'enfant marqua un temps d'arrêt, "Suis-je obligé d'y retourner Maitre?" Le sage lui posa la main sur l'épaule, :"Oui petit, c'est maintenant ta mission, tu dois regagner ce monde où règne la moiteur douceâtre mais combien sécurisante des faux semblants, des parodies de justice, des pseudo-libertés, des contingences morales et des convenances sociales, ce monde fait pour des humains aux corps robotisés , aux âmes atrophiés, aux consciences conditionnées, aux esprits enchainés aux tabous et aux interdits issus de l'ignorance et de la peur. Un monde où chacun peut trouver dans les "super bon marchés" spirituels, des drogues idéologiques, philosophiques et métaphysiques, toutes aussi dangereuses les unes que les autres, au rayon du "prêt à penser". Tu seras capable de discerner les immenses murs invisibles auxquels se heurtent, toute leur vie, les humains; des murs redoutables faits de convictions erronées, de croyances aberrantes, et de fausses certitudes qui sont tout autant des vraies servitudes, des murs hérissés de tessons de rêves brisés et d'échardes d'illusions perdues qui marquent les cœurs en laissant de douloureuses cicatrices. Tu es, désormais, devenu un CONNAISSANT et tu verras toute chose avec l'œil de la conscience éveillée. Un jour, tu seras, toi aussi, un guide pour ceux qui cherchent la sortie du labyrinthe et la lumière de la vraie vie, tu porteras le flambeau de l'espoir et de la liberté. Quand mon temps sera achevé, c'est toi qui reviendras au bord de ce pont et un enfant sera assis à tes côtés, toi aussi tu le pousseras en avant, en essayant de rendre ta voix la plus dure possible, mais avec un immense amour dans le cœur.

 

ils se remirent en marche et traversèrent le pont, il y avait tant à faire de l'autre côté, il n'y avait pas un instant à perdre pour aller crier la VERITE A LA FACE DU MONDE.

 

Druide /I\ Kadfeal

 



02/07/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 12 autres membres